« Saint Omer », « les Miens », « Aucun ours »… Les films à voir (ou pas) cette semaine

♥♥♥ Saint Omer

Drame français par Alice Diop, avec Kayije Kagame, Guslagie Malanda, Valérie Dréville, Aurélia Petit (2h02).

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En 2013, une jeune femme d’origine sénégalaise, Fabienne Kabou, abandonne son bébé à la marée montante sur une plage de Berck, dans le Pas-de-Calais. Neuf ans plus tard, Alice Diop (documentariste estimée, « Vers la tendresse », « Nous ») passe à la fiction pour retracer le procès de cette femme, ici nommée Laurence Coly (Guslagie Malanda) à la cour d’assises de Saint-Omer. Depuis toujours, Diop exhume des récits qui méritent d’être racontés, déjoue les généralités, regarde ses protagonistes avec considération, les extirpe des places que la société leur assigne. Mère infanticide cultivée, bringuebalée entre deux identités (française et sénégalaise), s’exprimant dans un français lettré – une arme qui va se retourner contre elle, au même titre que sa froideur apparente –, Laurence Coly est un mystère qui, au fil des minutes du procès, ne va cesser de s’opacifier. D’autant qu’elle invoque un « maraboutage » pour motiver cet acte qu’elle ne s’explique pas.

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Alice Diop et Marie NDiaye, rencontre avec deux femmes puissantes

Dans l’auditoire, Rama (Kayije Kagame), prof à l’université – on la voit donner un cours sur « Hiroshima mon amour », où elle évoque « le pouvoir de la narration propre à sublimer le réel » – vient suivre le procès afin d’écrire un roman. Future mère, Rama, miroir de Laurence Coly, est en conflit avec la sienne. De quelles souffrances tues, de quel legs maternel pesant, de quels non-dits, sommes-nous le produit ? La question de la maternité – c’en est même la clé – sous-tend ce film politique et radical récompensé par une flopée de prix. Avec Claire Mathon, sa cheffe opératrice, Alice Diop choisit de longs plans-séquences pour placer le spectateur dans une situation d’écoute maximale, préfère parfois scruter les réactions de l’auditoire à ce qui est dit, fait confiance à Bresson ou Depardon, convoque la peinture de Rembrandt et de Vinci, glisse, à la fin de « Saint-Omer », un extrait du mythe de « Médée » revu par Pasolini.

Aidée de comédiennes sensationnelles, auxquelles il faut ajouter Valérie Dréville, la présidente, qui, elle-même joua la Médée d’Heiner Müller, et Aurélia Petit en avocate, Alice Diop signe un film puissant où, soumise à la pression parentale, invisibilisée par son mari, en proie à un racisme insidieux (le témoignage de sa prof de philo prompte à se demander comment une femme comme elle peut s’intéresser au philosophe Wittgenstein), Laurence Coly n’est ni tout à fait coupable ni tout à fait victime. Plus qu’ému, on en sort terrassé par la façon magistrale dont Diop a su tenter de saisir l’insaisissable et de remettre en cause les idées reçues. Sophie Grassin

♥♥♥ Les Miens

Comédie dramatique française par Roschdy Zem, avec Roschdy Zem, Maïwenn, Sami Bouajila, Rachid Bouchareb (1h45).

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Au cinéma, ces temps derniers, dans « les Enfants des autres », de Rebecca Zlotowski, et « l’Innocent », de Louis Garrel, Roschdy Zem était fragile et attendrissant. Dans « les Miens », son sixième film en tant que réalisateur, il est arrogant, autolâtre et fortuné. Présentateur, à la télé, d’une émission sur le football, Ryad se soucie plus de ses audiences que de sa famille, dont il est le dieu lointain. Un jour, son frère, le gentil Moussa (Sami Bouajila), que sa femme a quitté, victime du syndrome frontal après un traumatisme crânien, et désormais désinhibé, lui dit ses quatre vérités. Et voici que Ryad, en couple avec Maïwenn (coscénariste du film), vacille et tombe de son piédestal. Interprété avec une sensibilité rare, « les Miens », dont on devine la portée autobiographique, est un magnifique portrait de groupe, ravagé par la tempête. Un film, aussi, sur la parole recouvrée. Devant et derrière la caméra, Roschdy Zem, qui ne s’épargne pas, dit aux siens qu’il les aime. Et nous, on aime ça. Jérôme Garcin

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Les origines, la famille, la Vierge Marie… Gad Elmaleh et Roschdy Zem, dialogue entre deux amis

♥♥♥ Aucun ours

Comédie dramatique iranienne par Jafar Panahi, avec Jafar Panahi, Mina Kavani, Bakhtiar Panjei (1h47).

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Un cinéaste – Jafar Panahi lui-même – met en scène un film à distance, par wi-fi. Retiré dans un petit village, il est soupçonné par les habitants de faire des photos qui perturbent les traditions locales. Deux histoires d’amour (celle de la fiction et une autre, dans la bourgade) se consument sous les yeux de l’artiste. Achevé avant son incarcération en Iran, ce long-métrage est un étrange aller-retour entre le faux documentaire, la vraie fiction et la menace qui pèse alors sur Panahi. Tout se mélange et se complète dans un fascinant puzzle, où il y a du pamphlet, de la pensée poétique et de la tragédie. François Forestier

Le cri d’alarme du fils de Jafar Panahi, emprisonné en Iran : « Nous n’avons plus rien à perdre »

♥♥ Le Menu

Thriller américain par Mark Mylod, avec Ralph Fiennes, Brandon Herron, Anya Taylor-Joy (1h48).

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Moyennant 1 250 dollars par tête, douze convives s’apprêtent à dîner, sur une île, dans le restaurant de Slowik (Ralph Fiennes), chef obsessionnel et despotique, gourou de sa brigade et fervent défenseur d’une cuisine moléculaire si conceptuelle qu’elle frôle l’absurde (un plat porte le nom de « pain sans pain »). Parmi eux, une critique culinaire féroce, un acteur hollywoodien sur le retour, des filous de la tech et Margo, réfractaire à la dévotion portée à Slowik et à son tralala fascisant. Mark Mylod (« Succession ») joue la satire noire et mordante pour cuire à petit feu privilégiés, capitalistes et pompeux. Très pertinent sur les vilenies et les ridicules de ses personnages, il peine davantage à maintenir jusqu’à son terme l’intérêt de son jeu de massacre horrifique. S. G.

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♥♥ Bones and All

Thriller italo-américain par Luca Guadagnino, avec Taylor Russell McKenzie, Timothée Chalamet, Mark Rylance (2h10).

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L’Amérique de la survie, des trailers parks et des plaines infinies. Maren, métisse de 17 ans (Taylor Russell McKenzie, une révélation), rencontre Lee, tignasse rouge et jeans en loque. En rupture de ban, ils partent sur les routes, s’apprivoisent, malgré les autres hobos (cauchemardesque Mark Rylance), malgré la malédiction : ils sont anthropophages. Histoire d’amour empêchée, sensualité de la mise en scène, chansons pop/new wave (Kiss, Joy Division) comme marqueurs des années 1980 et Timothée Chalamet : il y a du « Call Me by Your Name », le meilleur film de Luca Guadagnino, dans cette balade sauvage mâtinée de « Trouble Every Day » (Claire Denis). Comme souvent avec ce cinéaste, c’est trop long et on ne saisit pas tout à fait où il veut en venir. Déroutante, l’errance aux beautés sombres piste la mélancolie des cannibales. Nicolas Schaller

♥♥ Le Roi du monde

Drame musical espagnol par Carlos Saura, avec Ana de la Reguera, Damián Alcázar (1h35).

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Voilà des années que Carlos Saura, éloigné des fictions engagées du début de sa carrière, s’est fait le spécialiste des films chorégraphiés. Avec virtuosité. Manuel s’apprête à monter une pièce dansée en hommage aux racines musicales mexicaines où le metteur en scène évoquera sa vie, aidé dans son projet par son ex-maîtresse et un jeune danseur talentueux. La scénographie est ingénieuse dans ses dispositifs (décors mouvants, projections…) et la caméra sublime la rage sensuelle des corps et des danses. OK, déjà vu mais toujours flamboyant. Xavier Leherpeur

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♥♥ She Said

Drame judiciaire américain par Maria Schrader, avec Carey Mulligan, Zoe Kazan, Patricia Clarkson (2h09).

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Le cinéma américain documente comme nul autre le travail des journalistes (« Spotlight », « les Hommes du président »). C’est le principal intérêt de cette adaptation du livre de Jodi Kantor et Megan Twohey, prix Pulitzer, récit de leur enquête pour le « New York Times » qui fit tomber le producteur de films Harvey Weinstein et éclater le mouvement MeToo. Carey Mulligan, qui assoit l’engagement de ses choix après « Promising Young Woman », et Zoe Kazan, petite-fille d’Elia, y témoignent de la combativité et de la probité à toute épreuve des deux reporters et du courage des témoins face au pouvoir fou du terrifiant Harvey et à l’entreprise faustienne qu’il avait mise en place au sein d’un système judiciaire prêtant volontiers aux riches. Pas du grand cinéma mais un honorable film-dossier. N. S.

♥♥ Rimini

Drame autrichien par Ulrich Seidl, avec Michael Thomas, Tessa Göttlicher (1h56).

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Chanteur de charme ayant perdu de sa superbe, contraint de se prostituer pour boucler ses fins de mois, Charlie Bravo voit sa fille revenir dans sa vie. Elle est secondée par un petit ami, étranger et âpre au gain, et bien décidée à faire payer son indifférence à son père. Au contraire de son héros, le cinéaste autrichien a conservé son fiel. Son évocation d’une ex-star ringarde, égarée dans une Italie pluvieuse, est à la fois mordante et mélancolique. Sa mise en scène achève d’un trait parfois cynique le portait d’un homme blanc et hétéro, au pouvoir déchu. En revanche, lorsque Seidl s’aventure sur le terrain géopolitique à travers ces migrants prêts à tout pour « remplacer » notre héros en envahissant sa demeure, on ne comprend pas où il veut en venir. X. L.

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♥♥♥ Inu-Oh

Film d’animation japonais par Masaaki Yuasa, avec les voix de Avu-chan, Mirai Moriyama (1h38).

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Dans le Japon médiéval, la rencontre entre un être maudit, forcé de cacher la moindre parcelle de son corps, et un joueur de biwa aveugle donne naissance à un groupe de rock (oui, le film joue à fond l’anachronisme) qui serait, selon la légende, à l’origine du théâtre No. Si vous n’avez pas tout compris, soyez sans crainte. La clarté de la narration n’est pas le point fort de ce film d’animation hirsute mais formellement génial. Toutes les frontières de l’imaginaire et de la mise en scène sont ici repoussées. Scènes de concerts dantesques, couleurs explosant comme un arc-en-ciel sous acide : c’est une œuvre musicale folle, exubérante, démesurée, queer et fluide. On ne reverra pas cela avant longtemps. X. L.

♥♥ La Générale

Documentaire français par Valentine Varela (1h34)

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Christine, professeure principale d’une classe de seconde au lycée Emile-Dubois à Paris, a été suivie au cours de l’année scolaire par la caméra de Valentine Varela (la duchesse de Guermantes dans l’adaptation Arte de Proust), juste avant sa retraite. Devant des élèves venus d’horizons divers, parfois intéressés, parfois turbulents, Christine se bat : le quotidien d’un prof, c’est à la fois la guerre, la comédie, le découragement et l’espoir. Mais ce qui prime, c’est le sens de la mission. On sort du film avec la conviction que le savoir, reçu ou donné, est un don inestimable. F. F.

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ÇA RESSORT

♥♥♥ Driver

Polar américain par Walter Hill, avec Ryan O’Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern (1978, 1h31).

Vimeo – FA DRIVER de Walter Hill – Ressortie le 23 novembre 2022

Un type énigmatique, blond mutique à gueule d’ange, vend ses services de chauffeur à des braqueurs. On ne sait rien de lui, pas même son nom, juste qu’il n’aime pas les armes et entretient un rapport platonique avec une femme tombée sous son charme. Ryan Gosling dans « Drive » ? Non, Ryan O’Neal dans « Driver », tourné en 1978 par Walter Hill et grosse influence du premier. Même Los Angeles nocturne éclairé aux néons, même mélancolie métallique, même anti-héros aux airs de cow-boy sartrien. Nul romantisme éthéré ni violence baroque chez Hill, briscard d’Hollywood à l’inspiration plus archaïque. Son film, restauré en 4K, est un western urbain jouant sur les archétypes du polar, avec deux modèles de poursuites en bagnole et une Isabelle Adjani fantomatique, belle à tomber, dans l’un de ses rares rôles américains. N. S.

À LIRE

♥♥♥ Bertrand Tavernier, le cinéma et rien d’autre

Par Laurent Delmas, Gallimard-France Inter, 288 p., 29,90 euros.

L’été dernier, Laurent Delmas a réalisé sur France Inter une excellente série d’émissions sur Bertrand Tavernier. Nathalie Baye, Luc Béraud, Thierry Frémaux, Julie Gayet, Philippe Sarde, Philippe Torreton témoignent de la passion qui animait l’auteur de « l’Horloger de Saint-Paul », de « la Vie et rien d’autre » et de « Capitaine Conan ». Collaborateurs et amis dressent un portrait chaleureux et haut en couleur d’un artiste follement amoureux de son art. F. F.

« Saint Omer », « les Miens », « Aucun ours »… Les films à voir (ou pas) cette semaine